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L’Inde face au ralentissement brutal de son économie

Le premier ministre indien, Narendra Modi, le 5 octobre, à New Delhi. MANISH SWARUP/AP Guillaume Delacroix Et Sophie Landrin

Le FMI vient de revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour le pays à 6,1 %. Les mauvais indicateurs s’accumulent et le gouvernement Modi est accusé de naviguer à vue

  • naviguer à vue: 1. conduire un bateau ou un avion sans utiliser les instruments de bord: le pilote navigue à vue 2. diriger sous la pression des circonstances et sans se soucier d'une action à long terme (humoristique): un gouvernement qui navigue à vue

BOMBAY ET NEW DELHI - correspondants

L’anecdote n’a pas échappé aux médias indiens : Narendra Modi a attendu « quatre heures », lundi 14 octobre, pour féliciter Abhijit Banerjee, l’un des trois colauréats du prix Nobel d’économie 2019. Le premier ministre indien s’est contenté du service minimum, saluant sur Twitter l’économiste natif de Bombay, formé dans les universités de Calcutta et New Delhi, pour ses « éminentes contributions dans le domaine de la réduction de la pauvreté ». Rien de plus. Et pour cause : Abhijit Banerjee, enseignant au Massachusetts Institute of Technology (MIT), critique régulièrement la politique du dirigeant nationaliste hindou.

  • l’anecdote n’a pas échappé aux médias indiens: 这个小故事没有逃过印度媒体的眼睛
  • pour cause: 有原因的

Sa dernière intervention remonte au 9 octobre, lors d’une conférence au Watson Institute de l’université Brown, dans l’Etat de Rhode Island, où il s’était inquiété de la baisse « extrêmement grave », en Inde, de la consommation des ménages (sans équivalent depuis les années 1970, dit-il), de « l’écroulement » de l’investissement (– 75 % en rythme annuel) et de la « stagnation » des exportations. « On peut, si l’on veut, ne pas parler de crise. On peut dire que cela pourrait être une crise. Mais moi, je pense que le pays est en crise », avait-il déclaré.

  • remonter à: 追溯到
  • la consommation des ménages: 家庭和个人消费
  • sans équivalent depuis les années 1970: 从70年代开始没有类似的情况
  • la stagnation des exportations: 出口的停滞

Chaque jour livre un bulletin de santé préoccupant. Mardi 15 octobre, le Fonds monétaire international (FMI) a ramené sa prévision de croissance du sous-continent pour l’année fiscale en cours (2019-2020) à 6,1 %, contre 7 % tablé en juillet. « La croissance ralentit en raison des incertitudes réglementaires autour des entreprises et des questions environnementales, mais également des inquiétudes concernant la santé du secteur financier non bancaire, qui pèsent sur la demande », estime le FMI. Deux jours plus tôt, la Banque mondiale avait tiré la sonnette d’alarme, en abaissant sa prévision à 6 %, contre 7,5 % en avril, en raison notamment de « la décélération de la demande intérieure ».

  • un bulletin de santé: 体检报告
  • le sous-continent: 指印度。南亚次大陆
  • tirer la sonnette d’alarme: 拉响警报

« Collusion »

« Dans un contexte économique aussi faible, des problèmes structurels font surface et la faiblesse du secteur financier agit comme un frein », estime l’institution. Un avis que partagent les agences de notation Moody’s et Standard & Poor’s, qui viennent de corriger drastiquement leurs prévisions. Même la banque centrale (Reserve Bank of India, RBI), qui a abaissé son taux directeur une cinquième fois d’affilée pour tenter de relancer la machine, le 4 octobre, est prise d’un accès de pessimisme. Elle voit désormais le produit intérieur brut (PIB) progresser de 6,1 % sur l’année en cours, au lieu de 6,9 %, tandis que l’inflation, jusqu’ici assez bien maîtrisée, est relancée par une flambée des prix de certaines denrées alimentaires. Il est loin, le temps où M. Modi promettait à ses concitoyens une croissance « à deux chiffres » dans un avenir proche.

  • les agences de notation: 评级机构
  • un accès de pessimisme: 悲观主义的发作
  • une flambée des prix de certaines denrées alimentaires: 某些食材价格的猛涨
  • une croissance à deux chiffres: 两位数的经济增长

Les experts sont tous d’accord sur un point : le manque de crédit aux particuliers et aux entreprises est en train d’assécher l’économie, tandis que des secteurs-clés tels que l’immobilier, le BTP ou les télécoms ne jouent plus le rôle d’amortisseur conjoncturel.

  • le manque de crédit aux particuliers et aux entreprises: 对个人和企业的贷款的缺失
  • amortisseur conjoncturel: 形式的缓冲器

Comment en est-on arrivé là ? Pour Christophe Jaffrelot, chercheur au CNRS et directeur du CERI-Sciences Po, la « collusion entre hommes politiques et hommes d’affaires ayant les faveurs du pouvoir » est la principale cause de la crise bancaire indienne. Selon lui, les banques publiques sont étranglées par des prêts accordés à une dizaine d’entreprises proches de l’exécutif. « En mai 2018, souligne M. Jaffrelot, les “non performing assets” (NPA) des banques publiques, c’est-à-dire les prêts dont les titulaires n’avaient pas remboursé les intérêts ou le capital depuis quatre-vingt-dix jours au moins, représentaient 12,65 milliards de dollars [11,39 milliards d’euros], soit environ 14 % du total de leurs prêts. Cela a conduit la RBI à interdire à plusieurs banques de continuer à consentir des crédits. Sans compter que ces banques hébergent aussi des prêts dont les intérêts n’ont pas été payés depuis soixante jours, et qu’elles ont fait passer par pertes et profits un nombre croissant de créances depuis dix ans. »

L’expert rappelle qu’en 2015, Credit Suisse avait révélé qu’une dizaine de firmes indiennes avaient déjà atteint une cote d’alerte mais continuaient à emprunter. « En 2018, affirme-t-il, 84 % des créances douteuses étaient toujours le fait de grandes firmes. » Parmi elles, les groupes de Gautam Adani et Anil Ambani, deux milliardaires proches de Narendra Modi. Selon M. Jaffrelot, « une partie de ces prêts a été investie dans la campagne électorale de 2019 », dont le coût total a atteint le record mondial de 7 milliards de dollars, à comparer aux 6,5 milliards de la dernière présidentielle américaine. En 2016, M. Modi avait fait voter une loi autorisant particuliers et entreprises à verser des dons anonymes aux partis.

  • atteindre une cote d’alerte: 到达警戒水位
  • des dons anonymes: 匿名捐助

Abhijit Banerjee pointe un autre problème dans le ralentissement économique en cours : les effets d’une « trop grande centralisation » du pouvoir, depuis l’arrivée aux commandes de M. Modi, en 2014. L’économie est pilotée depuis les plus hautes instances de l’Etat fédéral, comme l’ont montré les deux décisions très décriées qu’ont été la démonétisation des billets de banque en novembre 2016, et le lancement, en juillet 2017, d’une TVA unique assortie de tellement de taux qu’il est maintenant question d’en réduire le nombre et la valeur.

Une mesure par semaine

Le Prix Nobel rejoint ainsi l’ancien gouverneur de la RBI, Raghuram Rajan, qui avait été poussé vers la sortie à la fin de son unique mandat à la tête de l’institut d’émission, en septembre 2016. D’après celui-ci, « l’Inde est en train de s’égarer, notamment parce qu’elle centralise le pouvoir sans avoir de vision économique convaincante », ce qui risque de lui faire perdre l’atout que représente son 1,3 milliard d’habitants.

  • s’égarer: 陷入歧途

Pas si sûr, rétorquent les milieux d’affaires. « Depuis cinq ans, le gouvernement a pris des décisions difficiles pour lutter contre la corruption et la fraude fiscale, ces réformes pèsent sur l’économie mais produiront des effets positifs à long terme », veut croire Sumeet Anand, tout nouveau président de la Chambre de commerce indo-française. Pour l’heure, l’exécutif réagit sans trop de lisibilité. La ministre des finances, Nirmala Sitharaman, qui refuse d’être « otage des statistiques trimestrielles de la croissance », annonce chaque semaine une mesure en ciblant l’investissement, quand c’est la consommation qui est en panne.

Alors que des élections régionales doivent se tenir lundi 21 octobre dans deux Etats importants de l’Union indienne, l’Haryana et le Maharashtra, Rahul Gandhi, adversaire politique numéro un de M. Modi, lui a reproché de ne parler ni d’économie ni de chômage. « La jeunesse réclame des emplois et le gouvernement lui dit de regarder la lune », a-t-il lancé, dans une allusion à la récente mission lunaire de l’agence spatiale indienne ISRO.

Plein cadre

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