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Pour une reconnaissance faciale éthique

Didier Baichère Et Stéphane Séjourné

Si l’authentification biométrique représente des opportunités commerciales, il est nécessaire d’entamer une réflexion pour répondre aux craintes qu’elle suscite et fixer les modalités de son utilisation, proposent les deux députés

Si la reconnaissance faciale appartenait hier aux films de science-fiction, elle est aujourd’hui une dimension méconnue de la compétition géopolitique et industrielle mondiale. Or la souveraineté européenne dépend des efforts que nous déployons pour garantir notre indépendance en matière de technologies hautement stratégiques. Le risque de décrochage, s’agissant de l’intelligence artificielle en général et de la reconnaissance faciale en particulier, confronte l’Europe à un triple défi : un défi d’innovation technologique et industrielle, un autre d’appropriation citoyenne et un troisième de régulation juridique.

Terre technologique et puissance de marché, l’Union européenne sait imposer au reste du monde ses valeurs. En témoigne l’influence internationale du règlement général sur la protection des données (RGPD), conçu contre l’utilisation inopinée de nos données personnelles. Alors que les géants du numérique américains et chinois développent de gigantesques bases de données au détriment de la vie privée de leurs citoyens, il est temps pour l’Europe d’établir des standards exigeants en matière de consentement et de créer un espace de données répondant aux besoins d’innovation du secteur public et de nos entreprises.

Comme souvent, les nouveaux usages s’accompagnent de mythes et de fantasmes qui oblitèrent la possibilité d’organiser une réflexion éthique sérieuse. En tête des secteurs intéressés par la reconnaissance faciale viennent la sécurité, avec la délivrance de documents d’identité et la réalisation de contrôles, et la santé, pour laquelle elle constituerait un appui au diagnostic.

La technologie représente également des opportunités commerciales multiples que le législateur doit anticiper. Les utilisateurs des smartphones les plus récents en font déjà usage pour déverrouiller leur appareil ou effectuer des paiements. Certaines entreprises voudraient également s’en servir à des fins de ciblage marketing par l’identification de l’âge et du genre de leurs clients. L’expérimentation conduite par certaines collectivités locales montre là encore un éventail d’applications possibles : retrouver des personnes perdues ou optimiser la gestion de flux lors de grands événements. Se pose alors la question de la formation des élus sur ces sujets pointus et le risque de se voir imposer des dispositifs couplés à la vidéoprotection, déjà largement répandue. Si nous n’y prenons garde, la reconnaissance faciale s’imposera d’elle-même, avec ses biais sur lesquels il sera bien difficile de revenir, malgré les discriminations engendrées, alors même que cette technologie n’est pas entièrement fiable sur le plan technique. Son efficacité diffère selon les conditions d’utilisation mais aussi selon les populations (sexe, ethnie).

Une consultation citoyenne

Entre rejet en bloc de la reconnaissance faciale et usage débridé, il y a un chemin à définir dont la responsabilité incombe à la puissance publique. En Europe, la France pourrait se positionner en exemple pour développer une reconnaissance faciale éthique bénéficiant à tous sans créer de nouvelles inégalités, sans empiéter sur nos libertés publiques, sans poser de nouveaux risques sur notre sécurité individuelle et collective. Pour cela, organisons une consultation citoyenne qui s’appuierait sur le travail engagé par le Forum économique mondial et le Conseil national du numérique. Nous fixerions nos priorités, nos limites, et réaffirmerions la responsabilité de l’ensemble des acteurs scientifiques, industriels et politiques. La création d’un comité d’éthique, tel qu’envisagé par le secrétaire d’Etat au numérique, Cédric O, permettrait de piloter le débat et de répondre aux préoccupations exprimées en coordination avec la Commission nationale de l’information et des libertés. A l’issue de cette première phase, une loi d’expérimentation au niveau national participerait à la réflexion entamée au niveau européen sur les implications éthiques de l’intelligence artificielle et contribuerait à façonner un cadre assurant la souveraineté industrielle de l’Union dans le respect de ses valeurs.

Didier Baichère est député (LRM) des Yvelines, vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques Stéphane Séjourné est député européen (Renew Europe)

20191025-p25-reconnaissance.txt · 最后更改: 2019/10/24 16:00 由 80.15.59.65