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Donald Trump s’enlise dans l’affaire ukrainienne

  • s’enliser: 陷入困境

Gilles Paris

Les témoignages s’accumulent contre le président américain malgré les efforts d’obstruction des républicains

WASHINGTON - correspondant

Une vingtaine d’élus républicains ont fait irruption, mercredi 23 octobre, dans la pièce sécurisée dans laquelle la commission du renseignement de la Chambre des représentants, qui compte pourtant dans ses rangs de nombreux membres du Grand Old Party, devait entendre un responsable du Pentagone. L’audition a été retardée de plusieurs heures. Il s’agissait pour les protestataires, non habilités à assister à la séance, de dénoncer les modalités de l’enquête consacrée par la majorité démocrate à un éventuel abus de pouvoir à des fins politiques de Donald Trump. Il pourrait lui valoir une mise en accusation (impeachment).

  • faire irruption: 冲入

Cette démonstration de dépit témoigne de l’inconfort et de l’impuissance de ces élus face à une accumulation de révélations. Elles concernent une affaire déclenchée par le signalement d’un lanceur d’alerte, initialement bloqué par le département de la justice, après une conversation jugée troublante entre Donald Trump et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, le 25 juillet.

  • démonstration de dépit: 懊恼的显示

Mardi, un nouveau témoignage a conforté les soupçons démocrates. Le chargé d’affaires des Etats-Unis à Kiev, William Taylor, qui avait pris ses fonctions après le limogeage brutal de l’ambassadrice Marie Yovanovitch, en mai, a assuré, lors d’une audition, qu’une aide pour l’Ukraine avait été conditionnée par le président américain à l’ouverture d’enquêtes par la justice ukrainienne.

Elles concernent notamment le fils de l’un de ses adversaires politiques, l’ancien vice-président démocrate et candidat à l’investiture présidentielle pour 2020, Joe Biden. Hunter Biden a siégé au conseil d’administration d’une société gazière privée de 2014 à 2019. Aucune infraction n’a jamais été signalée à son propos.

Stratégie d’obstruction

Dans son propos liminaire, William Taylor, ancien ambassadeur en Ukraine au temps de l’administration républicaine de George W. Bush, a déploré en outre la mise en place d’une diplomatie parallèle. Elle a été conduite, selon lui, par l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Union européenne, Gordon Sondland – un riche donateur propulsé à ce poste par Donald Trump –, par l’ancien envoyé spécial Kurt Volker, et par le secrétaire à l’énergie démissionnaire Rick Perry, en coordination avec l’avocat personnel du président, Rudy Giuliani.

  • propos liminaire: 开场白

William Taylor s’était inquiété, dans une conversation par SMS, d’un donnant-donnant, jugé « dingue », entre cette aide et les enquêtes. Il a confirmé ses propos datant du début du mois de septembre et il a indiqué que Gordon Sondland s’était efforcé de justifier ce geste par le passé de Donald Trump. « Lorsqu’un homme d’affaires est sur le point de signer un chèque à quelqu’un qui lui doit quelque chose, l’homme d’affaires demande à cette personne de payer avant qu’il ne signe le chèque », lui aurait-il dit.

L’aide a été débloquée ultérieurement sous la forte pression du Congrès. Le 17 octobre, le principal bras droit du président, Mick Mulvaney, chef de cabinet par intérim, avait ajouté au trouble en reconnaissant publiquement un tel donnant-donnant, avant de revenir précipitamment sur ses propos quelques heures plus tard.

Depuis le début de ces révélations, Donald Trump assure qu’il n’a jamais été question d’un « quid pro quo » entre l’aide américaine et d’éventuelles enquêtes concernant également la campagne présidentielle américaine de 2016. Selon une thèse développée par des médias conservateurs américains et défendue par Rudy Giuliani, que rien n’est venu étayer pour l’instant, des personnalités ukrainiennes auraient contribué à accuser faussement la Russie pour le piratage informatique qui avait visé, aux Etats-Unis, le Parti démocrate quelques mois avant l’élection.

La Maison Blanche a riposté aux investigations des démocrates en refusant toute forme de coopération, qu’il s’agisse de témoignages ou de la mise à disposition de documents. Elle conteste la légitimité de la démarche et affirme que la majorité démocrate de la Chambre n’a pas respecté les règles en la matière, même si la Constitution n’impose aucune procédure particulière. Elle dénonce plus généralement une offensive politique visant à revenir sur le résultat de l’élection de 2016.

Cette stratégie d’obstruction n’a pas empêché les auditions de près d’une dizaine de conseillers et de diplomates, qualifiés uniformément de « bureaucrates radicaux non élus » par la porte-parole du président, Stephanie Grisham. Ils ont pour l’essentiel, avant William Taylor, confirmé l’existence du canal diplomatique parallèle animé par Rudy Giuliani pour le seul profit du président, et conforté l’hypothèse d’un marché entre l’aide américaine et l’ouverture des enquêtes suggérées par Donald Trump dans la conversation du 25 juillet.

« Deal de drogue »

Selon Fiona Hill, ex-conseillère au Conseil de sécurité nationale, qui est rattaché à la Maison Blanche, son supérieur hiérarchique, John Bolton – limogé en septembre –, aurait qualifié Rudy Giuliani de « grenade dégoupillée », et les efforts des trois proches du président de « deal de drogue ». Un autre diplomate, George Kent, a souligné l’influence du président russe, Vladimir Poutine, et du premier ministre hongrois, Viktor Orban, auprès de M. Trump ; ils auraient, selon lui, poussé le président américain vers une attitude de défiance vis-à-vis de l’Ukraine.

  • grenade dégoupillée: 拔去销钉的手榴弹

Les révélations qui se sont succédé ont provoqué en quelques semaines une évolution de l’opinion publique américaine. Initialement majoritairement opposée à toute mise en accusation de Donald Trump, pour ne pas parler d’une éventuelle destitution qui ne peut intervenir qu’après un procès organisé par le Sénat, cette opinion a rapidement basculé. Elle est désormais en faveur de l’impeachment et même d’une destitution (50 % selon une enquête de CNN et 51 % selon une autre de Fox News). Cette évolution est cependant limitée pour l’essentiel aux démocrates, comme aux indépendants.

Les sympathisants républicains, au contraire, y restent farouchement opposés. Selon le sondage publié mardi par CNN, près de neuf électeurs républicains sur dix (87 %) déclarent que la mise en accusation n’a été enclenchée que parce que les démocrates veulent le départ de Donald Trump à tout prix. Au contraire, seuls 8 % pensent que ces derniers croient réellement que le président s’est rendu coupable d’infractions de nature à déclencher un impeachment.

La solidité de ce front républicain rend peu probable pour l’instant un vote favorable du Sénat, où les conservateurs sont majoritaires, pour une destitution de Donald Trump. Il faudrait qu’une vingtaine d’élus rompent les rangs pour que la procédure puisse aboutir.

20191025-p3-trump.txt · Last modified: 2019/10/26 14:45 (external edit)