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Europe, Grande-Bretagne et calendes grecques

  • calendes grecques: 来自于短语 aux calendes grecques: 意思是遥遥无期

Par Éric Albert

A cette vitesse, Godot va finir par arriver avant le Brexit. Trois ans et quatre mois après le référendum, avec trois dates butoirs repoussées, la sortie de l’Union européenne (UE) du Royaume-Uni n’est toujours pas actée. La faute en incombe avant tout à un Parlement britannique divisé à l’extrême et incapable de compromis – les Européens, de leur côté, ont déjà accepté deux formes de l’accord.

  • dates butoirs: 截止日期

Mais si vous n’en pouvez plus de cette saga, mauvaise nouvelle : cela va encore durer des années. Même si l’accord de retrait actuel finit par être approuvé par les députés britanniques, même si des élections dégagent une majorité claire à la Chambre des communes, il ne s’agira que de la première étape. Dans un second temps, il reste à négocier le futur accord de libre-échange entre Londres et Bruxelles, et celui-ci risque d’être au moins aussi long et compliqué à conclure.

L’accord de retrait ne signe en effet que le divorce. Il permet aux Britanniques de ne plus être membres de l’UE, ce qui est politiquement très important. Mais, économiquement, rien ne changera. Il restera à déterminer, secteur par secteur, quel accès au marché unique les Britanniques conserveront (et réciproquement), quels droits de douane s’appliqueront, comment les normes sanitaires, agroalimentaires ou financières seront reconnues…

Ce genre d’exercice prend normalement des années. Le CETA, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada, a nécessité six ans de négociations. Celui entre l’UE et la Corée du Sud a pris quatre ans. Certes, il n’y avait pas la même urgence politique que dans le cas du Brexit, mais les difficultés techniques seront nombreuses.

Conscients du problème, Londres et Bruxelles ont prévu dans l’accord de retrait une période de transition qui court jusqu’au 31 décembre 2020, pendant laquelle les relations économiques actuelles resteront les mêmes. Pour les entreprises, rien ne changera. Mais cette période de transition est de plus en plus courte. Initialement, le Brexit devait avoir lieu le 29 mars 2019, et celle-ci devait donc durer presque deux ans. A l’époque, le patronat avertissait déjà que cela pourrait être insuffisant. Avec les retards actuels, la transition sera à peine d’un an.

« Brexeternity »

Son extension est possible, par exemple jusqu’à fin 2021 ou fin 2022. Attendez-vous donc à entendre parler, au courant de l’année prochaine, des risques d’un… « no deal ». Le Royaume-Uni pourrait en effet sortir de cette période de transition sans qu’un accord soit conclu. Du jour au lendemain, il deviendrait un pays tiers commerçant selon les normes de base de l’Organisation mondiale du commerce.

Ce « no deal » nouvelle version serait légèrement différent. La question du sort des citoyens européens au Royaume-Uni et des Britanniques dans l’UE sera réglée, de même que la facture que Londres doit payer à Bruxelles. Plus important encore, le statut de l’Irlande du Nord aura été résolu. Mais, économiquement, l’essentiel restera à déterminer : quelles relations commerciales entre la Grande-Bretagne et l’Union ?

Pour se protéger d’un nouveau « no deal », les députés rebelles ex-conservateurs, exclus du parti par Boris Johnson, essaient de faire passer un amendement forçant le gouvernement à demander un report de deux ans de la période de transition en cas d’échec des négociations sur l’accord de libre-échange. Il est donc parfaitement plausible d’imaginer que Londres et Bruxelles seront encore embourbés dans leurs pourparlers… en 2022.

D’autant que, même si les discussions aboutissent rapidement, la ratification de l’accord sera longue du côté européen. Alors que l’accord de retrait ne nécessite que l’approbation du Parlement européen (il s’agit d’une compétence communautaire), celui de libre-échange devra être adopté par les Vingt-Sept, pays par pays. Comme pour le CETA, le Parlement wallon pourrait tenter de tout bloquer, par exemple. Denis MacShane, l’ancien ministre des affaires européennes de Tony Blair, a écrit un livre où il parle de « Brexeternity ». On ne saurait mieux dire.

20191030-p29-brexit.txt · 最后更改: 2019/10/30 17:50 由 80.15.59.65