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Ces étudiants qui voient la frontière américaine se fermer

Si. L. (Shanghaï, Correspondance)

Ximeng Huang n’a pas passé un bon été : jusqu’à début octobre, minée par le stress, elle a attendu de décrocher son visa pour les Etats-Unis. « J’avais déjà payé les 20 000 dollars [18 000 euros] de mon programme et pris mon billet d’avion. » Après six semaines (au lieu de deux normalement), cette étudiante vivant à Pékin a obtenu son précieux sésame, non sans avoir dû fournir au consulat des Etats-Unis des détails supplémentaires sur son parcours et sur le master de conception d’interfaces qu’elle se préparait à suivre en Californie.

« J’ai dû leur donner le CV de tous mes profs, s’agace-t-elle. Je savais que les démarches pouvaient être plus compliquées pour les sujets sensibles, comme les semi-conducteurs, mais pour du design industriel… » Tous ses camarades chinois inscrits au même master ont connu des difficultés similaires.

Dommages collatéraux de la guerre commerciale entre Pékin et Washington, les étudiants chinois en sciences et technologies ne sont plus les bienvenus. Depuis juin 2018, la procédure a évolué : les dossiers des étudiants en sciences, technologies, ingénierie, mathématiques (STEM, en anglais) sont examinés plus en détail. Ils n’ont désormais droit qu’à un visa d’un an renouvelable, au lieu de cinq ans.

Les disciplines les plus concernées sont celles des technologies de pointe qui entrent dans le cadre du programme « Made in China 2025 », grâce auquel la Chine entend rattraper son retard technologique sur l’Occident. Hantés par la peur du vol de technologie, les Etats-Unis ferment quasiment la porte de certains secteurs aux étudiants, comme l’aéronautique ou les semi-conducteurs.

Conditions plus restrictives

D’après le Financial Times, Donald Trump aurait même envisagé d’interdire l’accès des Chinois aux universités américaines, avant que ses conseillers l’en dissuadent. En effet, les étudiants étrangers – dont un tiers sont chinois – représentent une manne de 39 milliards de dollars pour le système éducatif américain.

Beaucoup d’étudiants craignent que le marché du travail américain se ferme après leurs études très coûteuses dans le pays. D’ailleurs, l’octroi du visa « H-1B », qui permet aux étudiants en STEM de rester travailler trois ans aux Etats-Unis, s’est resserré. Depuis plus d’un an, la procédure s’est complexifiée, et le temps de traitement des dossiers a été allongé, au point d’empêcher nombre d’embauches.

Résultat : d’après un sondage du prestigieux Amherst College mené auprès d’une cinquantaine de conseillers d’orientation de lycées chinois, 87 % des parents reconsidèrent leur projet d’envoyer leur enfant étudier aux Etats-Unis, principalement à cause des mesures imprévisibles de M. Trump.

Face à ces conditions plus restrictives, des voix s’élèvent. Yangyang Cheng, chercheuse associée à l’université de Cornell en physique des particules, dénonce cette politisation de la science, tout en jugeant que les inquiétudes des Etats-Unis sont en partie fondées. « Le gouvernement chinois a abusé de l’ouverture des démocraties et du monde universitaire, admet-elle. C’est un véritable problème, qu’il faut reconnaître. »

Pékin a, en effet, mis en place une politique visant à faire revenir des scientifiques chinois, mais aussi d’origine chinoise, travaillant à l’étranger, grâce à de généreuses bourses. Ce plan, intitulé « 1 000 talents », a été dénoncé par le FBI en 2018 comme « encourageant le vol de propriété intellectuelle dans des institutions américaines ».

20191113-p13-americaine.txt · 最后更改: 2019/11/12 20:05 由 82.251.53.114