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Carlos Muñoz, serial entrepreneur du ciel

  • Serial entrepreneur: 连环创业家

Sur le tarmac de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, le 28 mars 2013. STÉPHANE LARTIGUE/« SUD OUEST »/MAXPPP Guy Dutheil

A 50 ans, ce fils de bonne famille a déjà lancé deux compagnies aériennes. Après le succès de Vueling, l’Espagnol a réussi le décollage de Volotea. Le credo de cette compagnie low cost : relier des villes secondaires à des prix défiant toute concurrence

PORTRAIT

Les nouvelles technologies n’ont pas le monopole des fortunes fulgurantes. Le vieux monde connaît encore quelques belles réussites. Même s’il faut parfois les chercher là où personne ne s’attend à les trouver. Volotea est le dernier grand succès du transport aérien en Europe. La toute jeune compagnie aérienne à bas coût a réussi jusqu’à maintenant à passer sous les radars de la notoriété. Pourtant cela fait déjà sept ans que les avions à la queue à damier rouge, noir, kaki et mauve sillonnent le ciel.

Volotea est née en 2012 de la volonté de Carlos Muñoz, alors âgé de 43 ans. Ce natif de Murcie, au sud d’Alicante, n’est pas un inconnu en Espagne. Dix ans plus tôt, ce fils de bonne famille avait déjà fait une incursion réussie dans le transport aérien. Avec quelques amis, il lance en 2002 Vueling, devenue aujourd’hui l’une des toutes premières compagnies low cost d’Europe. Le jeune Carlos Muñoz ne choisit pas alors la voie de la facilité. « J’aurais pu avoir une vie confortable », reconnaît le PDG de Volotea.

En Espagne comme en Europe, la famille Muñoz pèse lourd. AMC, la compagnie familiale spécialisée dans les agrumes et le jus d’orange, fournisseur de la grande distribution, réalise chaque année plus de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Si, plus jeune, il y a un temps travaillé, désormais il n’y mettra plus les pieds. « Je suis un entrepreneur. J’ai préféré partir de zéro. Volotea n’a aucun lien avec AMC », se rengorge-t-il. Ce sont ses deux frères aînés qui ont repris les rênes de la société même si son « père, à 89 ans, vient encore tous les jours à 6 h 30 au bureau », raconte-t-il admiratif.

« très bonnes opportunités »

Pour Carlos Muñoz, ce sont les Etats-Unis qui ont modifié le cours de sa vie. Après avoir décroché, en 1998, un Master of Business Administration (MBA) à Harvard, il passe deux ans chez McKinsey, le cabinet de conseil en stratégie. « Là-bas, j’avais étudié le modèle low cost du transport aérien. Une formule alors à succès aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Australie. » Impressionné par ces transporteurs dont le modèle économique permettait de faire voyager en faisant « payer aux passagers un billet à 50 euros plutôt qu’à 150 euros », il décide, de retour en Espagne, d’appliquer la même recette.

Tout va aller très vite. Avec Lazaro Ros, son associé de toujours, il « crée Vueling en moins d’un an ». La compagnie low cost séduit les marchés financiers et notamment le fonds d’investissement Apax. Si le succès est vite au rendez-vous, l’aventure ne dure que cinq ans. L’entrée en Bourse de Vueling, en 2004, et le départ d’Apax du tour de table de la compagnie est le point de départ de querelles intestines entre la petite équipe de fondateurs et les investisseurs.

« Un des plus importants actionnaires de Vueling a voulu la fusionner avec une filiale d’Iberia », la compagnie nationale espagnole. « J’étais contre, je voulais que Vueling reste indépendante pour en faire la compagnie leader du sud de l’Europe », se souvient-il. Sa vision n’est pas partagée par les autres actionnaires. « Ce changement de stratégie fait partie de l’environnement d’un projet, d’une start-up lancée avec des investisseurs », explique Marc Rochet, l’une des figures du transport aérien français qui, justement, a bien connu M. Muñoz « à la fin de sa carrière chez Vueling ». Surtout, à l’époque, Iberia fait peur. Elle avait un « historique » calamiteux. « Si une compagnie aérienne fusionnait avec Iberia, elle avait tendance à disparaître », commente M. Muñoz.

En 2007, faute d’avoir le dernier mot face à la puissance financière des investisseurs, il est poussé à la démission, ce qu’il n’a toujours pas digéré. « Je n’avais pas créé Vueling pour la vendre », se défend-il encore aujourd’hui. La petite équipe de fondateurs autour de M. Muñoz ne part pas les mains vides. « Nous n’avons pas eu à nous plaindre », admet-il, « car avec Vueling nous avions créé beaucoup de valeur. »

Si les actionnaires se sont montrés généreux, pas question de rester inactif. « L’entrepreneur », comme il se plaît à se définir, a déjà une autre idée en tête. « J’étais certain qu’il y avait de très bonnes opportunités » pour se lancer dans une nouvelle aventure. « En Europe, le secteur aérien avait été dominé par des compagnies qui n’ont fait aucune innovation, contrairement aux Etats-Unis ou même à la Grande-Bretagne », analyse-t-il. Mais, en 2009, les temps seront durs, la crise financière ayant éclaté deux ans plus tôt.

Si Vueling avait été lancée en quelques mois, l’accouchement de Volotea prendra près de trois ans. « Cela a été une longue marche dans le désert avant d’arriver à la terre promise », dit-il en souriant aujourd’hui. En pratique, Volotea a été « un projet très difficile à faire naître car le contexte macroéconomique était très mauvais », confesse le PDG. A l’époque, « nous n’arrivions pas à trouver les capitaux », explique-t-il.

Une fois encore, ce sont les Etats-Unis qui viennent au secours de M. Muñoz. Leon Black et Joshua Harris, deux des créateurs du fonds d’investissement américain Apollo, rencontrés à l’époque de McKinsey, prennent, à titre personnel, 49 % d’Aeroterapia, la compagnie d’origine, qui deviendra Volotea. Dans la foulée, trois autres actionnaires européens, deux Espagnols et un Néerlandais, acquièrent 25 % des parts. Les cinq fondateurs, accompagnés du fonds d’investissement Axis, gardent 26 % du capital.

Désormais, Volotea peut prendre son envol. Son patron veut qu’elle ait « le même code génétique » que Vueling. C’est-à-dire être une compagnie proposant « des prix compétitifs plutôt qu’une low cost » pure et dure, offrant le minimum de confort à ses passagers pour tirer, au maximum, les tarifs vers le bas. Mais pas question pour Volotea de faire concurrence à sa devancière. M. Muñoz vise un autre marché : « Avec Vueling, on pouvait ouvrir n’importe quelle destination depuis Barcelone, cela marchait bien. Sauf sur les villes entre 50 000 et 100 000 habitants, des destinations plus modestes, j’avais remarqué que cela ne fonctionnait pas. »

Des villes moyennes, à l’écart des grandes routes, délaissées par les compagnies aériennes. En Europe, l’essentiel des capacités offertes par les grandes compagnies ne s’adresse qu’aux métropoles, où ne vit pourtant que 22 % de la population, signale M. Muñoz. Ce sont donc les 78 % de laissés-pour-compte du transport aérien qui sont devenus l’eldorado de Volotea.

« Possibilités de croissance »

Mais, pour devenir un succès, la recette doit être respectée à la lettre. En pratique, la compagnie low cost court et moyen-courrier ne dessert pas les grosses villes à l’intérieur d’un pays. Pas de Madrid-Séville, de Rome-Milan ou de Paris-Nice dans son réseau. Mais des Lille-Montpellier à 9 euros, des Nantes-Lisbonne, des Gênes-Naples ou encore des Toulouse-Venise au même tarif. Surtout, la compagnie n’opère qu’avec des avions de moyenne capacité. Pas plus de 125 sièges, pour ne pas voyager à vide. Et ça marche ! Dès 2015, elle engrange ses premiers bénéfices. Depuis, le succès ne se dément pas. Pour une raison simple : sur ces destinations, la concurrence est faible, voire inexistante. « Soixante pour cent de nos lignes sont sans concurrence », remarque M. Muñoz.

  • être respectée a la lettre: 严格遵守

Volotea en profite pour étendre sa toile. En 2019, son réseau compte déjà 350 liaisons, dont 161 en France, « mais nous avons encore beaucoup de possibilités de croissance », se félicite le PDG. Dans un proche avenir, il envisage de doubler ce nombre et d’ajouter « de 500 à 600 routes supplémentaires ». La compagnie a les moyens de son développement. En 2018, avec sa flotte de 36 appareils, elle a transporté plus de 7,5 millions de passagers et son chiffre d’affaires a atteint 400 millions d’euros. En 2020, il devrait dépasser 500 millions.

  • étendre sa toile: 扩张它的网络

En France, Volotea est déjà « la troisième compagnie derrière Air France et easyJet mais devant Ryanair », se réjouit M. Muñoz. Elle est même la deuxième compagnie low cost préférée des Français, selon un sondage publié début novembre par le magazine Capital. Portée par son succès, Volotea se sent pousser des ailes. M. Muñoz prévoit une introduction en Bourse « entre 2022 et 2024 ». A l’en croire, ce sera « l’occasion d’un retour sur investissement pour beaucoup de gens de l’équipe ». Le moment de faire fortune.

  • se sentir pousser des ailes: 感觉欢欣鼓舞
  • une introduction en Bourse: 上市
  • le moment de faire fortune: 发财的时刻

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20191113-p16-carlos.txt · 最后更改: 2019/11/13 20:07 由 82.251.53.114