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Le gaz hilarant, une drogue récréative loin d’être anodine

Cartouches de protoxyde d’azote, qui servent notamment dans les siphons de crème chantilly. AMAURY BLIN Pascale Santi

Santé Les autorités sanitaires mettent en garde contre les dangers du protoxyde d’azote, de plus en plus populaire chez les jeunes

Il est désormais fréquent de voir de nombreuses cartouches métalliques joncher la voie publique, notamment devant des lieux où se tiennent des soirées étudiantes… Le protoxyde d’azote, plus communément appelé « gaz hilarant » ou « proto », est devenu un produit à la mode. Utilisé dans le champ médical pour ses propriétés anesthésiques et analgésiques, il est aussi employé comme gaz de pressurisation d’aérosol, en particulier alimentaire. Mais aujourd’hui, l’utilisation détournée de ces cartouches par les jeunes ne cesse d’augmenter. Le gaz est versé dans un ballon puis inhalé, pour un effet euphorisant.

Depuis le début de l’année, 25 signalements d’effets sanitaires ont été notifiés, dont dix cas d’atteintes neurologiques graves, huit dans la seule région des Hauts-de-France, indique la direction générale de la santé (DGS), qui lance une alerte sur la consommation de ce produit. « Les éléments suffisent pour considérer qu’il s’agit d’un problème sanitaire », nous indique le professeur Jérôme Salomon, directeur général de la santé. Il s’agit par exemple de scléroses combinées de la moelle, dont certaines sont irréversibles. Un phénomène préoccupant pour les autorités sanitaires, car ces atteintes surviennent en cas de consommation massive, et/ou prolongée, voire quotidienne, de ce produit.

« L’ampleur de ce phénomène est très inquiétante : on assiste à une augmentation de l’usage non médical et à des complications sanitaires graves », estime la pharmacologue Caroline Victorri-Vigneau, responsable du centre d’addictovigilance de Nantes, qui pilote les données sur le protoxyde. D’autant que le nombre de cas de complications est sûrement plus important que le nombre de cas rapportés en raison des sous-notifications. Des cas de décès ont même été répertoriés, selon l’Association française des centres d’addictovigilance.

Connu depuis longtemps, l’usage festif du protoxyde d’azote est en augmentation chez les jeunes, en deuxième position après le cannabis, d’après l’étude i-Share réalisée par le Centre d’addictovigilance de Bordeaux auprès de plus de 10 000 étudiants. Depuis 2017, popularisée par les réseaux sociaux, « la présence du produit s’est banalisée dans les soirées étudiantes avec des signaux d’usage chez les lycéens », constate Clément Gérome, sociologue à l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), qui signalait, dès décembre 2018, une « résurgence » du produit. « Il y en a dans toutes les soirées », confie Noémie, une lycéenne parisienne. Des « bars à protos » deviennent de plus en plus fréquents : la substance, « prête à l’emploi », est extraite de bonbonnes industrielles et conditionnée dans des ballons vendus 1 à 2 euros l’unité.

« Le succès de ce produit s’explique car il est légal, facile d’accès, et que ses effets, de quelques minutes, sont fugaces, un peu à l’image du poppers », poursuit Clément Gérome. Autrement dit, ajoute-il, « le fait de pouvoir aller en cours ou dîner avec ses parents quelques dizaines de minutes après en avoir pris donne une fausse image d’innocuité ».

« La survenue de ces cas graves est particulièrement inquiétante, souligne la professeure Joëlle Micallef, pharmacologue à l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille et présidente de l’Association française des centres d’addictovigilance. Ce sont surtout ces usages répétés, massifs, qui peuvent entraîner ces complications neurologiques, peu connues tant des usagers que des professionnels de santé. » Le protoxyde d’azote entraîne en effet un déficit en vitamine B12, dont l’organisme a besoin pour fabriquer la myéline, gaine qui protège les fibres nerveuses. Selon l’Association française des centres d’addictovigilance, des travaux récents suggèrent aussi une toxicité au niveau des axones qui expliquerait la progression des symptômes neurologiques, malgré l’arrêt du produit et le traitement par vitamine B12. Elle a ainsi alerté les pouvoirs publics à plusieurs reprises depuis le début de l’année. D’autres alertes ont également été lancées par le Centre d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance de Lille et l’Agence régionale de santé Hauts-de-France, ainsi que par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), en mai 2018.

« L’évolution défavorable de ces complications peut être évitée par un diagnostic immédiat, un arrêt rapide et total des consommations, et la prise en charge en neurologie », a déclaré l’association, dans son communiqué du 5 novembre.

Outre ces atteintes sévères, les effets sur la santé sont multiples : confusion, chutes, nausées, céphalées, arythmie… Le risque est aussi de devenir dépendant. Sans compter l’asphyxie, car le gaz contenu dans les cartouches est du protoxyde d’azote pur et non un mélange avec de l’oxygène. La consommation associée d’autres produits (alcool, drogues) majore par ailleurs ces risques.

L’interdiction, une bonne solution ?

« Comme tout produit psychoactif, son usage, même occasionnel, fait encourir un risque, et cela devient plus problématique quand l’effet recherché est l’anesthésie de la pensée », souligne le professeur Nicolas Authier, président de la commission des stupéfiants et psychotropes de l’ANSM. Pour autant, tempère-t-il, « ces complications graves restent heureusement rares par rapport aux effets sanitaires liés à l’alcool, à la cocaïne ou au tabac ».

Face à ces risques, plusieurs mairies, notamment dans les Hauts-de-France, ont, depuis cet été, pris des arrêtés interdisant la vente de cartouches de « proto ». Le maire d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) a, lui, lancé une campagne en août mettant en garde contre les dangers du gaz hilarant. Une proposition de loi, déposée le 5 avril par la sénatrice Valérie Létard (UDI, Nord), qui « vise à protéger les personnes mineures de l’usage détourné du protoxyde d’azote », sera examinée en séance publique mercredi 11 décembre par le Sénat. Ce texte sénatorial fait suite à une première proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale en janvier par le député du Nord Ugo Bernalicis (LFI).

Pour le ministère de la santé, l’interdiction n’est pas la bonne solution. « Une telle mesure ne permettrait pas malheureusement de mettre fin à ces pratiques. Ce n’est pas le produit lui-même mais son utilisation détournée qui pose difficulté », souligne la DGS. Le ministère planche avec les acteurs concernés sur des actions de prévention, le problème étant « de mieux informer les jeunes sur les risques, de repérer les consommations à risques, sans pour autant les inciter à tester ces produits ». Pour les acteurs de terrain, une bonne prévention ne peut s’imaginer sans moyens.

Mais attention, prévient Daniel Annequin, président du groupe Pediadol (centre de la douleur de l’enfant, hôpital Trousseau, AP-HP), il ne faut pas faire d’amalgame avec le Meopa, qui comprend 50 % de protoxyde d’azote et 50 % d’oxygène, massivement utilisé en pédiatrie pour soulager la douleur des soins. Des sociétés savantes ont déjà alerté en mai sur ce risque de disqualifier ce médicament jugé « sûr et efficace ».

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