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L’agressivité du cancer du sein modulée par des polluants

Stéphane Foucart

EnvironnementSelon une étude française, trois polluants organiques persistants augmenteraient le risque d’une propagation des cellules cancéreuses aux ganglions lymphatiques, particulièrement chez les patientes en surpoids

Certains polluants organiques persistants (POP) augmentent-ils le risque de cancer du sein ? A cette question débattue au cœur de nombreux travaux de recherche, conduits au cours des dernières décennies, des chercheurs et médecins français en ajoutent une autre, non moins importante : ces substances, omniprésentes à bas bruit dans l’environnement et la chaîne alimentaire, favorisent-elles l’agressivité de ces cancers ? De premiers éléments de réponse, apportés par Meriem Koual (AP-HP), Xavier Coumoul (Inserm, université de Paris) et leurs coauteurs, dans une étude publiée en novembre par la revue Environment International, suggèrent en tout cas un lien entre la présence de certains POP dans le tissu adipeux environnant la tumeur et l’agressivité de la maladie.

« Notre résultat majeur est une augmentation du risque d’atteinte ganglionnaire associée à la concentration de trois POP, avec un risque particulièrement marqué pour les patientes en surpoids, dont l’indice de masse corporel est supérieur à 25, dit Meriem Koual. Cette précision est importante car cela concerne environ 50 % de la population. » Un lien avec la taille de la tumeur et le risque de récidive est également suggéré par ces travaux. La présence de cellules cancéreuses dans les ganglions lymphatiques ou dans des organes distants est un marqueur de l’agressivité de la maladie et réduit les chances de guérison des patients. « Lorsque le cancer est limité au sein, le taux de survie à cinq ans est de 99 %, mais ce taux baisse s’il y a eu propagation aux ganglions lymphatiques, rappellent les auteurs. Si des métastases distantes sont présentes au diagnostic, le taux de survie chute considérablement, à 26 %. »

Les POP sont des substances de natures et d’usages divers – pesticides organochlorés (DDT, lindane, chlordécone…), résidus de combustion, retardateurs de flamme, agents imperméabilisants, etc. – qui, une fois distribuées dans l’environnement, s’accumulent dans la chaîne alimentaire en se stockant dans les graisses. Très stables, ils peuvent rester en circulation pendant plusieurs siècles.

Stress oxydatif et inflammation

Les trois POP suspectés d’accroître l’agressivité du cancer du sein et identifiés par les chercheurs sont la dioxine dite « de Seveso » (TCDD 2,3,7,8) et deux membres de la grande famille des PCB (polychlorobyphényles). La première est un résidu de combustion de matériaux chlorés ou un sous-produit de certains processus industriels ; les seconds sont des substances produites jusque dans les années 1980, et utilisées dans de nombreuses industries (production électrique, peintures, colles, etc.).

L’association entre ces substances et l’agressivité du cancer du sein a été établie grâce à l’analyse, corrigée de plusieurs facteurs de confusion, des données issues de 91 patientes prises en charge dans le service de chirurgie gynécologique et du sein de l’hôpital Georges-Pompidou, à Paris. « Du fait de l’échantillon limité, nos résultats doivent être pris avec précaution, explique Xavier Coumoul. Nous cherchons à reproduire ce type d’analyse sur plusieurs centaines de patientes pour éventuellement confirmer ces premiers travaux. » Et pourquoi pas, ajoute Meriem Koual, tester ce protocole sur d’autres cancers.

Les chercheurs s’appuient en outre sur des travaux antérieurs indiquant que la présence de ces POP pourrait induire la sécrétion, par le tissu adipeux, de substances favorisant le stress oxydatif et l’inflammation, augmentant ainsi le risque métastatique. Ce mécanisme potentiel n’exclut pas la possibilité d’autres modes d’action de ces substances. « En particulier, on sait que certains POP agissent comme des perturbateurs endocriniens, qui peuvent influer sur le développement de la glande mammaire, au cours de certaines périodes-clés de la vie, explique Xavier Coumoul. Cela peut avoir un effet sur la susceptibilité au cancer du sein. »

Parmi les travaux les plus frappants en ce sens, ceux de l’épidémiologiste américaine Barbara Cohn (Public Health Institute, à Berkeley, en Californie) et de son équipe, publiés en 2015, suggèrent que les femmes d’aujourd’hui ayant été le plus exposées à un autre POP – l’insecticide DDT – par le biais de leur mère, lorsque celle-ci était enceinte, ont un risque de cancer du sein quadruplé autour de 50 ans, par rapport à celles qui ont été le moins exposées.

20191120-p390-sein.txt · 最后更改: 2019/11/19 12:16 由 80.15.59.65