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La SNCF sous l’Occupation, racontée sans manichéisme

Des officiers allemands à la gare de Marseille, en juillet 1943. ZADIG PRODUCTION/LES FILMS DE L’AQUEDUC Philippe-Jean Catinchi

Le documentaire de Catherine Bernstein fait une lecture nuancée du rôle des cheminots pendant la guerre

FRANCE 3

JEUDI 21 - 23 H 00

DOCUMENTAIRE

Lorsque le film de René Clément, La Bataille du rail, est projeté au premier Festival de Cannes, son accueil chaleureux – il y remporte les prix du jury international et de la mise en scène – contribue à fonder la légende d’une exemplaire résistance française face à l’occupant nazi. Cette vision héroïque de l’engagement des cheminots n’est écornée qu’un quart de siècle plus tard, lors du débat télévisé des « Dossiers de l’écran », qui suit la diffusion du film de Clément, où est posée la responsabilité des conducteurs des convois qui assuraient la déportation vers les camps.

Mais l’argument fait long feu, et il faut attendre les années 1990 pour que le sujet devienne un enjeu mémoriel fort, où le soupçon d’une collaboration active avec l’ennemi entache la belle image de la geste cheminote. Légende dorée contre légende noire, le documentaire de Catherine Bernstein, coécrit par l’historien Laurent Douzou, auteur de la si précieuse Résistance française : une histoire périlleuse (Seuil, 2005), refuse les simplismes et offre une lecture nuancée, sans être timorée, de ce moment terrible.

  • faire long feu:
  • refuser les simplismes: 拒绝简单化
  • offre une lecture nuancée: 提供一个细腻的解读
  • Sans être timorée 避免小心翼翼

D’autant que les témoins sont filmés avec délicatesse, sans souci de sensationnalisme. Sur un tel dossier, il était nécessaire de convaincre l’entreprise d’apporter son concours. Ainsi les ressources de l’INA conjuguées aux extraits du film de Clément, toujours sourcés, permettent un montage judicieux qui sert au mieux le propos. Rappelant la jeunesse de l’entreprise publique, née du Front populaire, et le poids considérable de ses effectifs – un demi-million de cheminots –, le film distingue les options des dirigeants, dont la latitude est mince, puisque le rail, devenu le mode de transport quasi exclusif, est piloté par l’Etat français collaborationniste. Une conséquence directe de la convention d’armistice de juin 1940 que les dirigeants, polytechniciens sans état d’âme, résument d’un glaçant mot d’ordre : « La technique d’abord ».

Attentisme et prudence

A la base, l’attitude est tout autre. L’esprit de corps des cheminots et le besoin de disposer d’un savoir-faire précieux ont ménagé la corporation des épurations antisyndicales et anticommunistes. Attentisme et prudence seront de mise, jusqu’à ce que les actes de désobéissance et de sabotages se fassent plus spectaculaires, dès l’entrée en guerre de l’URSS et la contrainte du travail obligatoire. Aussi le tribut humain versé par les cheminots, activistes ou otages, justifie que, face à la tardive repentance de l’entreprise – Guillaume Pepy n’a reconnu qu’en janvier 2011 que la SNCF, qu’il a présidée jusqu’en octobre, fut « un rouage de la machine nazie » –, on garde aussi en mémoire l’héroïsme des femmes et des hommes engagés dans la bataille du rail.

Si l’espace public a gardé le souvenir de Pierre Semard, syndicaliste communiste arrêté en novembre 1939, fusillé en mars 1942 et dont les obsèques solennelles au cimetière du Père-Lachaise, en 1945, ont un caractère officiel, on souhaiterait une fortune semblable pour Léon Bronchart (1896-1986), seul conducteur de la SNCF à avoir refusé de conduire un train de prisonniers politiques, à Montauban, fin octobre 1942. Ce qui lui valut suspension, avant que ses actes de résistance ne le conduisent dans les camps.

La SNCF sous l’Occupation, de Catherine Bernstein (Fr., 2019, 65 min).

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