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Larry Rosenstock, faire et savoir

Larry Rosenstock, à San Diego (Californie), en novembre. ARIANA DREHSLER POUR « LE MONDE » Corine Lesnes

Le directeur de High School High, ex-professeur de menuiserie et pionnier de l’éducation par le design, a reçu le WISE Prize

SAN DIEGO (CALIFORNIE) - envoyée spéciale

Al’entrée, un grand portrait de Barack Obama. « Ce sont les élèves qui l’ont peint », explique Larry Rosenstock. L’école a une allure de hangar ou de start-up. Les poutrelles métalliques sont dénudées. Le plafond ouvre sur le ciel. « C’est le principe : on veut de la hauteur et de la lumière », ajoute son directeur. Quant à la structure apparente, elle a pour vertu, selon lui, de « révéler les calculs mathématiques » qui ont été nécessaires à la construction de l’établissement sur un ancien centre d’entraînement de l’US Navy, à deux pas de l’aéroport de San Diego (Californie).

High Tech High (HTH), l’école que Larry Rosenstock a fondée en septembre 2000 sur ce morceau de péninsule appelé Point Loma, est anticonventionnelle jusque dans son architecture. Peu de chaises dans les classes, pas de leçons magistrales, mais des projets multidisciplinaires, obligatoirement traduits en objets : peintures, sculptures, collages et engrenages exposés sur les murs. Plus qu’une école, c’est un atelier qui vient de recevoir le prestigieux prix WISE (World Innovation Summit for Education).

Larry Rosenstock est un pionnier de l’éducation par le design. L’art est dans les couloirs ; le jazz dans les toilettes (une autre initiative des élèves) et les classes, dans la zone où le bruit des avions de passage n’atteint pas 40 décibels. Pas de détecteurs de métaux à l’entrée, contrairement à beaucoup d’écoles américaines. Pas de surveillance des visiteurs. Les étudiants déambulent calmement, même à l’heure du lunch. « Plus on leur donne de liberté, plus les enfants se comportent de manière responsable », affirme Larry Rosenstock. Le taux d’absentéisme chronique pour les élèves issus de milieux défavorisés est de 11,4 % en moyenne aux Etats-Unis. A HTH, qui donne une grande importance à la mixité sociale, il a été ramené à 5 %.

Le bureau de Larry Rosenstock se visite comme une galerie de photos. Ses références : Martin Luther King, Albert Einstein. Ses rencontres : Oprah Winfrey, Bill Gates. Le projet qu’il préfère, parmi les centaines réalisés par les étudiants en vingt ans : un piano miniature qui montre chacune des étapes – et des lois de la physique – qui aboutissent à la production d’un son. A 71 ans, Larry Rosenstock ne tient pas en place. Il farfouille dans les dossiers, sans cesse à la recherche de quelque chose : le prix de l’innovation reçu en 1992 à Harvard pour avoir « redéfini l’enseignement professionnel ». Le dernier « year book », le livre de fin d’année qui atteste de la réussite des étudiants. 97 % des élèves de terminale sont admis à l’université, contre 69 % en moyenne nationale. Chaque année, certains arrivent à intégrer les établissements les plus prestigieux : Stanford, Yale…

High Tech High est une initiative du mécène Gary Jacobs, le fils du fondateur du géant des télécommunications mobiles Qualcomm, basé à San Diego, et d’une quarantaine d’entrepreneurs qui manquaient de main-d’œuvre qualifiée. Le premier bâtiment a ouvert en septembre 2000. Le jour de la rentrée, un responsable municipal est venu signaler que la ville n’avait pas terminé les inspections de sécurité. Larry Rosenstock s’est mis à genoux, l’oreille collée au sol, mimant les éclaireurs indiens du Far West. « J’entends les pas de 450 parents qui viennent déposer leurs enfants, a-t-il bluffé. Vous leur expliquerez. » Le fonctionnaire a battu en retraite : « Si on veut arriver à quelque chose, il faut être un peu fou », rigole-t-il.

Aujourd’hui, le groupe High Tech High, dont Larry Rosenstock est le PDG, compte 16 écoles, de la primaire à la terminale, sur trois campus du comté de San Diego. Total : 5 000 élèves. Pour assurer la mixité sociale, Larry Rosenstock a eu l’idée d’un tirage au sort sur la base du code postal des familles. « Les enfants posent leur candidature en ligne, explique-t-il. Ils sont choisis par un ordinateur sur la base de leur lieu de résidence. » L’école attire cinq fois plus de candidats qu’elle n’a de places à offrir. Parmi les 5 000 admis, 72 % sont issus de minorités (43 % sont latinos, 28 % blancs et 9 % noirs). La moitié viennent de familles vivant sous le seuil de pauvreté. « Dans l’enseignement public aux Etats-Unis, la déségrégation n’a pas marché, accuse Larry Rosenstock, qui a fait ses classes dans le mouvement des droits civiques des années 1970. Nous, on a réussi. »

L’éducateur n’a pas voulu pour autant étendre son « empire » au-delà de San Diego. « On a eu beaucoup de pressions pour agrandir. Mais comment s’assurer de la qualité ? » Un temps, il a accepté de parrainer quelques écoles dans le reste du pays. Il s’est ravisé. Il veut pouvoir contrôler ce qui est fait en son nom – et « sans avoir besoin de prendre l’avion ». A la place, il a ouvert une école de formation de professeurs, la Graduate School of Education, sur le campus de Point Loma, avec un financement de Bill Gates. Ce qui lui permet de propager la bonne parole sans avoir à gérer les établissements. Grâce au prix WISE, il compte lancer « HTH 100 » : un site où seront recréés les 100 meilleurs projets réalisés à High Tech High. La méthode Rosenstock sera « gratuitement » mise à disposition de la planète.

Anticonformiste

Larry Rosenstock est né à New York, en 1948. « Dans le Bronx », précise-t-il. Sa mère était arrivée d’Italie quelques années plus tôt, après avoir rencontré son père, un militaire américain stationné avec son unité à Foggia, dans les Pouilles. « Elle ne parlait pas anglais. Il ne parlait pas italien. Ils sont tombés amoureux en français », s’émerveille-t-il. Du côté paternel, il est issu d’une famille juive venue d’Europe centrale. « Ma grand-mère a été la première femme chauffeur de taxi à New York », s’enorgueillit le pédagogue.

De retour de la seconde guerre mondiale, son père s’est lancé dans le commerce de voitures. Adolescent, Larry Rosenstock passait volontiers son temps les mains dans le cambouis, sous le capot des véhicules. C’était dans les années 1970. Comme la plupart des jeunes de sa génération, il était pacifiste, anticonformiste et antisystème. A l’université du Vermont, à la frontière canadienne, où il avait été admis, il s’est pris de passion pour la menuiserie, au contact d’amis qui avaient construit leur maison. « Au cas où j’aurais été tiré au sort pour aller au Vietnam, j’avais acheté une petite masure au Canada », raconte-t-il. Il s’était inscrit en psychologie, sous la direction du théoricien Abraham Maslow (1908-1970). Il a ensuite décidé d’étudier le droit, mais il a d’abord réalisé un film avec les détenus de la prison de l’Etat du Vermont. « Je me souviens encore de chacun d’entre eux », affirme-t-il. Après sa diffusion, le Vermont a décidé de fermer la prison.

Une vocation, l’intégration

A la faculté de droit, à Boston, Larry Rosenstock a été attiré par une annonce. L’académie du Massachusetts avait mis en place un programme expérimental de déségrégation des écoles à travers le travail manuel. Elle proposait un emploi de professeur de menuiserie. Les équipes – « un Noir, un Blanc et un Latino », se souvient-il – allaient dans les quartiers déshérités et enseignaient le travail du bois en essayant de mélanger classes et élèves. « Il y avait un jeune qui avait un blouson vraiment spécial, raconte-t-il. Tout à coup, j’ai remarqué que les autres achetaient le même, l’un après l’autre. » Larry Rosenstock avait découvert l’une des lois fondamentales de ce qui allait devenir sa méthode : « Les jeunes ne demandent qu’à ressembler aux autres jeunes de leur âge. Quand ils sont scolarisés dans des classes séparées, ils n’ont pas cette opportunité. » A HTH, il n’y a pas de bons et de mauvais, de médiocres et de doués. Pas de classements non plus ; les groupes sont mélangés.

Larry Rosenstock n’a jamais enseigné, sinon la menuiserie. Sa vocation, c’est l’intégration. Par l’apprentissage, le « faire ». Avant le mouvement des « makers » (qui promeut le « fait main »), il prônait les vertus du travail manuel. « Nous aimons tous faire du neuf, note-t-il. Fabriquer quelque chose qui n’était pas là avant. » En début d’année, élèves et professeurs choisissent un thème de recherche qui va donner lieu à une réalisation concrète mêlant science et théorie – « Pourquoi les civilisations se lèvent et retombent ? », en classe de 3e, en 2014, par exemple. Pendant plusieurs années, les seniors (élèves de terminale) ont étudié l’écologie de la baie de San Diego, en s’inspirant du livre de John Steinbeck, Dans la mer de Cortez (récit d’une expédition scientifique dans le golfe de Californie, en 1940). Leur « field guide » (guide pratique) a été publié en librairie avec une préface de la célèbre anthropologue Jane Goodall. Un autre groupe a conçu une fusée – une vraie – et procédé à un lancement expérimental sur un pas de tir prêté par la marine.

La méthode Rosenstock a ses détracteurs. HTH a la forme juridique d’un réseau de « charter schools », ces écoles sous contrat qui font l’objet de beaucoup de critiques et de controverses aux Etats-Unis. Apparues dans les années 1990, elles ne représentent que 10 % des écoles publiques. Les syndicats d’enseignants leur reprochent de bénéficier de fonds publics (le même montant par élève que les écoles « classiques ») tout en étant administrées par des organismes privés, parfois même à but lucratif. Et cela sans les contraintes de programmes, d’horaires ou de recrutement du secteur public. Dans ces écoles autonomes, les professeurs peuvent être licenciés à tout moment.

Larry Rosenstock s’attriste de l’hostilité des syndicats, lui qui lutte depuis si longtemps pour la justice. Mais il est intransigeant. A High Tech High, les professeurs sont recrutés avec des contrats d’un an seulement et n’ont aucune sécurité de l’emploi. Leur salaire n’est pas plus élevé que dans le privé. « Les gens changent, ils s’encroûtent. L’emploi à vie, ce n’est pas dans l’intérêt des élèves », estime-t-il.

  • S’attrister de: 为。。。伤心
  • intransigeant: 不妥协
  • s’encroûter: 僵化,老化
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