用户工具

站点工具


20191203-p6-taiwan

La ligne dure de Xi renforce son ennemie à Taïwan

La présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, et son colistier, William Lai, lors du lancement de leur campagne électorale, le 17 novembre, à Taipei. CHIANG YING-YING/AP

Frédéric Lemaître

Candidate à sa réélection en janvier 2020, la présidente Tsai Ing-wen est portée par l’intransigeance chinoise

  • l’intransigeance: 不妥协,不让步。 intransigeant: adj. n.

TAIPEI - envoyé spécial

Après Hongkong, Taïwan ? Si l’on en croit les sondages, les Taïwanais, qui s’apprêtent à élire leur président et leurs députés samedi 11 janvier 2020, pourraient, comme les Hongkongais le 24 novembre, apporter leurs suffrages aux partisans de la fermeté envers la Chine. Un potentiel nouveau revers majeur en perspective pour le président Xi Jinping.

  • en croire: (soutenu) se fier à
  • un potentiel nouveau revers majeur: 一个潜在的新的巨大挫败
  • en perspective: 在未来

Pourtant, il y a un an, nul n’envisageait un tel scénario. Le 24 novembre 2018, le Parti progressiste démocratique (DPP), dont est membre la présidente de la République de Chine, Tsai Ing-wen, avait perdu les élections municipales ainsi qu’une série de référendums sur lesquels les électeurs étaient appelés à se prononcer. Le sort de la présidente, souvent qualifiée de « bête noire de Pékin » en raison de la ligne pro-indépendantiste de son parti, semblait scellé. Le Kouomintang (KMT), favorable à un rapprochement avec la République populaire de Chine, pouvait espérer retrouver, en janvier 2020, le pouvoir perdu quatre ans plus tôt, c’est-à-dire la présidence et la majorité au Parlement.

  • bête noire 眼中钉
  • sceller 固定,密封

Mais, en 2019, en grande partie en raison de l’attitude agressive de Pékin et de la situation à Hongkong, l’opinion s’est de nouveau retournée. Les derniers sondages créditent Tsai Ing-wen, candidate à sa réélection, d’au moins 40 % des voix, contre moins de 30 %, voire parfois moins de 25 % pour Han Kuo-yu, le candidat du KMT, et 6 % à James Soong, président du Parti pour le peuple (PFP), également favorable à un rapprochement avec Pékin. « En dix mois, le rêve de Xi Jinping [d’une victoire du KMT] s’est mué en cauchemar », résume Lai I-chung, président du centre de réflexion Prospect Foundation.

  • le rêve…s’est mué en cauchemar: 美梦变成了噩梦

Et le pire, pour Pékin, est que Xi Jinping s’est tiré une balle dans le pied. Le 2 janvier, le secrétaire général du Parti communiste chinois a en effet tenu un discours destiné à ses « compatriotes de Taïwan » extrêmement virulent à l’égard de cette île de 23 millions d’habitants où se sont repliés les nationalistes en 1949 et dont la République populaire de Chine ne reconnaît pas l’indépendance.

« La Chine doit être réunifiée et le sera », a lancé Xi Jinping, avant de menacer : « Nous ne promettons pas de renoncer au recours à la force. » Pour lui, l’avenir de Taïwan passe par l’adoption du principe « un pays, deux systèmes », qui régit Macao et Hongkong, ces deux régions administratives spéciales de Chine. La formule fut d’ailleurs à l’origine conçue pour Taïwan. Une perspective inacceptable pour de nombreux Taïwanais et que la présidente Tsai a immédiatement rejetée. Si elle ne va pas jusqu’à proclamer l’indépendance formelle de l’île, contrairement à ce que souhaitent certains de ses partisans, elle entend que Pékin respecte la souveraineté de Taïwan. « La Chine doit faire face à la réalité de l’existence de la République de Chine [Taïwan] et ne pas nier le système démocratique que les gens de Taïwan ont construit ensemble », a-t-elle déclaré. Depuis ce discours, sa cote de popularité n’a cessé de remonter.

  • renoncer au recours a la force: 放弃使用武力
  • passer par: 通过。。。
  • régir Macao et Hongkong: 支配着澳门和香港
  • elle entend que Pekin respecte la souveraineté de Taïwan: entendre que+subjonctif. 她要北京政府尊重台湾的主权
  • sa cote de popularité n’a cessé de remonter: 她的受欢迎的行情不停上涨

Les événements de Hongkong ont achevé de convaincre nombre de Taïwanais que le principe « un pays, deux systèmes » n’offrait aucune garantie. « Hongkong a permis de valider le discours de Tsai appelant à se défendre et à se protéger face à la Chine. C’était inaudible il y a quatre ans, ça ne l’est plus. Mais Hongkong n’a pas changé la donne. C’est sa réponse, jugée remarquable, à Xi Jinping, le 2 janvier, qui l’a fait remonter dans les sondages », analyse Frank Muyard, responsable du centre de l’Ecole française d’Extrême-Orient à Taipei et maître de conférences à l’Université nationale centrale à Taïwan.

  • achever de + infinitive= end up doing
  • changer le donne: 改变态势

Au local de campagne aux airs de start-up du DPP, Liao Tai-xiang, le jeune porte-parole de la candidate, voit quatre raisons à la remontée de celle-ci dans les sondages : « L’attitude générale de Pékin, l’adoption du mariage pour tous au printemps, qui a permis de rallier les jeunes et de montrer notre différence avec la Chine, la médiocrité du candidat du KMT et les bons résultats économiques. »

  • au local de campagne: 在竞选现场
  • l’adoption du mariage pour tous: 指允许同性恋结婚

« Tsai trop virulente »

Déjà handicapé par la présence d’un autre candidat également favorable à un rapprochement avec Pékin, le candidat du KMT, Han Kuo-yu, mène une campagne laborieuse. Elu, à la surprise générale, maire de Kaohsiung, une grande ville du Sud, en novembre 2018, après une campagne populiste, Han Kuo-yu a choisi deux thèmes pour 2020 : « La sécurité pour les Taïwanais » et « les citoyens ont de l’argent ». « Les gens doivent pouvoir s’enrichir et vivre dans un environnement sûr », explique Ye Yuan-shi, son porte-parole. « Tsai est trop virulente vis-à-vis de la Chine, qui est notre principal partenaire. Cela a entravé le développement de Taïwan. Pour nous, la sécurité passe par de bonnes relations entre les deux rives », explique-t-il. S’il estime que « le gouvernement chinois doit écouter le peuple de Hongkong », il juge que « le DPP fait peur aux gens en établissant un parallèle ».

  • entraver le développement de Taïwan: 阻碍台湾的发展
  • entre les deux rives: 海峡两岸

Mais la campagne de Han Kuo-yu patine. Dernière bévue en date : la composition de la liste des députés du KMT qui seront élus à la proportionnelle lors des législatives. Parmi les candidats les mieux placés : Wu Sz-huai, un général à la retraite que l’on a vu, en 2016, participer à Pékin à une cérémonie présidée par Xi Jinping et qui s’est levé pour chanter l’hymne national chinois. Et Chiu Yi, un politicien qui a proposé à la Chine d’envahir Taïwan et de pendre les indépendantistes. Des prises de position qui choquent même au sein du KMT, qui a toujours défendu officiellement la souveraineté de la République de Chine. Devant le tollé général, Chiu Yi a rejoint un autre parti. Même Simon Chang, qui serait désigné vice-président en cas de victoire du KMT, a conseillé aux électeurs de voter pour un autre parti.

  • patiner: 停滞不前
  • dernière bévue en date: 最近的失误
  • l’hymne national chinois: 中国国歌
  • pendre les indépendantistes: 对台独分子处以绞刑
  • des prises de position: 立场
  • devant le tollé général: 在普遍的争议面前

Si la formation de Tsai Ing-wen semble, à l’heure actuelle du moins, bien placée pour remporter la présidentielle, elle est moins sûre de conserver la majorité au Parlement. Une nouvelle formation centriste, le Parti du peuple taïwanais (TPP), présidé par le populaire maire de Taipei, Ko Wen-je, pourrait, selon les sondages, jouer les trouble-fêtes et forcer le DPP à négocier des compromis sur ses différents projets de loi. De nombreux rebondissements restent possibles d’ici au 11 janvier, mais le facteur chinois sera dans toutes les têtes.

  • jouer les trouble-fêtes: 扮演扫兴者的角色
20191203-p6-taiwan.txt · 最后更改: 2019/12/04 10:06 由 82.251.53.114