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Silencieux, Macron laisse Matignon manœuvrer

Olivier Faye Et Cédric Pietralunga

Vendredi, Edouard Philippe a annoncé qu’il dévoilerait « l’intégralité du projet » mercredi 11 décembre

NÎMES - envoyé spécial

Muet. Vendredi 6 décembre, Emmanuel Macron s’est rendu à Nîmes, dans le Gard, pour une cérémonie d’hommage aux trois sauveteurs de la sécurité civile morts, quatre jours plus tôt, dans un accident d’hélicoptère pendant les intempéries qui ont frappé le Sud-Est. Et il n’était pas question pour lui de s’exprimer sur la mobilisation contre la réforme des retraites. Pas le moment. Pas son rôle.

Sur la base aérienne du groupement d’hélicoptères de la sécurité civile de Nîmes-Garons, d’où étaient issus deux des trois sauveteurs, le président de la République a donc fait face aux trois cercueils alignés sur le tarmac. Trois bières recouvertes du drapeau tricolore, un casque de sapeur-pompier ou de sauveteur simplement posé sur le tissu. « Vivre pour sauver d’autres vies, c’est votre quotidien, votre honneur, je ne connais pas d’engagement plus humain », a célébré M. Macron, saluant « trois hommes de courage et d’honneur (…), trois héros victimes du choix si noble, si élevé, de consacrer leur existence aux secours ».

A lui de souligner la nécessité de « faire nation », au-delà des vagues de l’actualité. « Il n’était pas question que la famille de la sécurité civile se sente laissée pour compte », explique un conseiller de l’Elysée. Ce déplacement, assure d’ailleurs la présidence, avait été décidé dès l’annonce de l’accident d’hélicoptère, lundi.

A charge pour Edouard Philippe, pendant ce temps-là, d’occuper le front des retraites, alors qu’une nouvelle journée de manifestations et de grève est annoncée par les syndicats mardi 10 décembre. « Dans cette séquence gouvernementale, c’est le premier ministre qui porte la réforme », souligne-t-on à l’Elysée. Le président de la République, lui, se tient en retrait et préserve son capital politique.

La méthode douce

« Un premier ministre, ça s’use », a-t-on coutume de dire dans la majorité. Mercredi 11 décembre, c’est donc lui qui annoncera « l’intégralité du projet du gouvernement », selon M. Philippe lui-même, lors d’un discours au Conseil économique, social et environnemental.

« C’est le rôle du premier ministre. C’est normal que ce soit lui qui soit en première ligne », évacue l’entourage du chef du gouvernement. Vendredi, ce dernier a donc improvisé une déclaration à l’hôtel de Matignon pour essayer de faire baisser la température du chaudron social. Pas question de laisser passer le week-end sans rien dire alors qu’une « grève importante », selon ses mots, frappe toujours le pays. Samedi et dimanche, cinq TGV sur six ne circuleront pas et le trafic restera également « extrêmement » réduit à la RATP, a annoncé la direction de l’entreprise.

« Ma logique n’est pas et ne sera jamais celle de la confrontation », a assuré le premier ministre dans ce propos d’une dizaine de minutes, répétant ne pas vouloir mettre en place cette réforme « brutalement ». Il convient d’apaiser les tensions, au lendemain de manifestations d’ampleur, qui ont réuni 806 000 personnes dans tout le pays, selon le ministère de l’intérieur.

M. Philippe ne veut néanmoins pas donner le sentiment d’un quelconque renoncement. Il a exprimé sa « volonté très ferme de projeter le pays dans le futur et de mettre en place ce système universel » de retraite. « Nos concitoyens savent que la très grande diversité de nos régimes ne peut pas perdurer », a-t-il estimé, ce qui « implique la disparition des régimes spéciaux ». Reste à déterminer la manière et le rythme pour y arriver. Et à ce sujet, le premier ministre est partisan de la méthode douce.

« Il ne serait pas raisonnable, pas acceptable, pas juste, de changer les règles en cours de partie, a-t-il déclaré à propos des futures retraites des salariés de la SNCF et de la RATP. Je répète ma disposition totale pour faire en sorte que les transitions soient progressives afin de ne pas être brutales. » Une manière de rouvrir sans le dire la porte à la « clause du grand-père », dont l’application impliquerait que la réforme concerne les seuls nouveaux entrants sur le marché du travail ? « Non, assure-t-on dans l’entourage du chef du gouvernement. Il faut chercher le point d’équilibre entre la clause du grand-père et une application à partir de la génération née en 1963. »

Et trouver des voies de passage acceptables pour les syndicats. Raison pour laquelle il n’a pas été rappelé l’engagement de faire démarrer le nouveau régime universel à l’équilibre financier en effectuant au préalable des économies ? « Au fur et à mesure, nous allons devoir travailler un peu plus longtemps », a simplement déclaré M. Philippe. « On voit bien que le trou des 10 milliards d’euros par an, il est à partir de 2025, avait souligné sur France 2, la veille, son ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin. Il ne faut pas casser la réforme sociale que nous voulons porter (…) en faisant une réforme budgétaire immédiatement. »

En réponse à la forte mobilisation des enseignants, enfin, qui craignent pour le futur niveau de leurs pensions, le premier ministre a par ailleurs tenu à rappeler l’engagement de l’exécutif à ce qu’elles « ne baissent pas ». « Il est exact que l’application absurde des nouvelles règles les pénaliserait, a-t-il reconnu. Mais le système universel, ça n’est pas la baisse des pensions des enseignants, au contraire, c’est la revalorisation progressive de leur traitement, de façon que leur pension au moment des retraites ne baisse pas. » Le gouvernement « vacille », a raillé en réponse le chef de file de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon : « Sinon, il n’aurait pas pris la parole aujourd’hui pour annoncer un calendrier qu’on connaît déjà. »

Lundi après-midi, tous les partenaires sociaux seront reçus par la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, et le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, pour un dernier round d’échanges. Mais le moment crucial pourrait bien se jouer quelques heures plus tôt. Selon plusieurs sources au sein de l’exécutif, un déjeuner des dirigeants de la majorité doit être organisé à l’Elysée, lundi. L’occasion de caler les derniers réglages de ce qu’annoncera Edouard Philippe deux jours plus tard.

« Le président de la République prend les grands arbitrages », rappelle un de ses proches. Et finira bien par endosser politiquement le poids de la réforme. Selon son entourage, le chef de l’Etat réfléchit à l’opportunité de s’exprimer au sujet des retraites d’ici à la fin de l’année, à la suite du discours du premier ministre, mercredi. Comme pour rappeler que cette réforme, après tout, est depuis le début « sa » réforme.

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