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Les limites du miracle portugais

Marie Charrel

Le Portugal profite d’une reprise économique encourageante. Mais derrière les bons chiffres de l’emploi et du tourisme, d’inquiétantes faiblesses structurelles demeurent

Rentrer au pays. Dina Ferreira y pense chaque matin, devant son thé, lorsqu’elle écoute les derniers soubresauts de la vie politique britannique à la radio. « L’approche du Brexit m’angoisse, confie-t-elle. Je pensais faire ma vie ici, mais comment se projeter dans une nation qui rejette l’Europe et les étrangers ? » Il y a cinq ans, à la sortie de sa formation d’aide-soignante, cette jeune Portugaise a quitté Lisbonne pour s’installer près de Londres. A l’époque, son pays était plongé dans la crise. « Il n’y avait plus de travail, là-bas, plus d’espoir : l’Angleterre était notre terre promise », se souvient-elle.

  • les derniers soubresauts de la vie politique britannique: 最新的英国政治生活的跌宕起伏
  • terre promise: 应许之地

Aujourd’hui, Albion est engluée dans le mauvais feuilleton du Brexit, tandis que le Portugal a tourné la page de la récession : il a enregistré une croissance vigoureuse de 2,1 % en 2018 (1,7 % attendu en 2019) et commence à souffrir d’une pénurie de main-d’œuvre, avec un taux de chômage de 6,5 % seulement. Pour y faire face, le gouvernement a lancé le programme « Regressar » – « rentrer », en portugais –, à destination des 485 000 jeunes qui ont fait leur valise entre 2011 et 2014. Ceux acceptant de revenir pour travailler dans le pays se verront offrir jusqu’à 6 530 euros, ainsi que de généreuses aides fiscales. « Mes parents me pressent de postuler, mais j’hésite, confie Dina Ferreira. Même si le premier ministre [socialiste], Antonio Costa, est réélu, comment savoir si mon pays ne va pas replonger bientôt dans le marasme économique d’autrefois ? »

  • Albion:英国的旧称
  • une pénurie de main-d’oeuvre: 人力的匮乏
  • le marasme économique: 经济停顿

Dimanche 6 octobre, les Portugais se rendront aux urnes pour renouveler leurs députés. Selon les sondages, Antonio Costa, très populaire, a de grandes chances d’être reconduit au pouvoir. Et pour cause : la coalition qu’il dirige avec le soutien du Parti communiste, du Bloc de gauche (gauche radicale) et des écologistes, depuis novembre 2015, a contribué au redressement spectaculaire de l’économie. « Beaucoup étaient sceptiques quant à leurs chances de succès, mais ils ont tenu leur promesse : mettre fin à la rigueur », explique Antonio Barroso, du cabinet d’analyse Teneo. « En faisant des socialistes le parti des comptes publics en ordre, Costa a coupé l’herbe sous le pied du centre droit, tout en redressant l’image de Lisbonne », ajoute Antonio Costa Pinto, politologue à l’université de Lisbonne.

  • le redressement spectaculaire de l’économie: 辉煌的经济恢复
  • couper l’herbe sous le pied de…拆。。。的墙角

Rompre avec l’austérité tout en respectant les règles budgétaires européennes ? Fin 2015, le pari semblait impossible. A l’époque, le pays sortait à peine du plan d’aide de la « troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne – BCE –, Fonds monétaire international). En échange d’un prêt de 78 milliards d’euros, Lisbonne avait accepté de douloureuses réformes – baisse de 15 % du coût du travail, coupe dans les retraites, hausse des impôts –, tout en s’enfonçant dans la récession. Début 2013, le chômage culminait à 17,9 %, déclenchant l’émigration massive des jeunes.

  • s’enfoncer dans la récession: 深陷经济危机

A son arrivée, Antonio Costa a revalorisé un peu les petites retraites et augmenté progressivement le salaire minimum (de 565,80 euros mensuels en 2014 à 700 euros aujourd’hui). Dans la foulée, la consommation est repartie, le chômage a baissé, et le Portugal est devenu la coqueluche des touristes fuyant les côtes incertaines d’Afrique du Nord. « Costa a surtout profité d’un alignement des étoiles incroyablement favorable, nuance João Vieira Pereira, directeur du journal économique l’Expresso. Il est arrivé au moment où l’économie mondiale redémarrait et où les mesures accommodantes de la BCE ont déclenché une forte baisse des taux d’emprunt. »

  • la coqueluche des touristes: 游客的红人
  • un alignement des étoiles: 星座排队,这里指各种因素都很偶然的聚集在一起

« Essor de l’immobilier »

Comme lui, nombre d’économistes s’interrogent : sans cet alignement des étoiles, le gouvernement Costa aurait-il engrangé de tels succès ? Le redressement économique est-il durable ou risque-t-il d’être balayé par les vents mauvais soufflant sur la conjoncture internationale ? Le miracle portugais, célébré dans la presse, ne relève-t-il pas, en partie, du mirage ? « Dans tous les cas, il me semble excessif de parler de miracle pour une économie qui, si l’on exclut la récente reprise, stagne depuis deux décennies, analyse Ricardo Reis, professeur à la London School of Economics. Certaines améliorations sont solides, mais d’autres sont plus incertaines : tout dépend de ce que l’on regarde et sur quel horizon temporel. »

Exemple : l’explosion du tourisme, qui pèse aujourd’hui 12,2 % du produit intérieur brut (PIB), et a été l’un des grands moteurs de la reprise. L’afflux de visiteurs à Lisbonne et à Porto a contribué à la restauration des quartiers historiques délabrés. Tout comme le tapis rouge déroulé pour les étrangers : « visas dorés » offerts aux non-Européens investissant plus de 500 000 euros dans l’immobilier local et exonérations d’impôts sur les pensions des retraités européens s’installant dans le pays. « L’essor de l’immobilier est soutenu par la demande étrangère ; les prix devraient continuer de grimper dans la capitale », témoigne Pascal Gonçalves, président du promoteur immobilier Libertas. En 2018, son chiffre d’affaires a progressé de 15 %.

Revers de la médaille : « La hausse des prix et la folie Airbnb chassent les classes moyennes, qui n’ont plus les moyens de loger dans les centres-villes », regrette Catarina Cruz, de l’Observatoire de la lutte contre la pauvreté, à Lisbonne. Surtout, si l’essor du tourisme a contribué à la baisse du chômage, il fournit des emplois peu qualifiés et précaires. En 2018, 22 % des salariés portugais étaient en CDD, selon Eurostat, contre 14,1 % dans l’Union européenne (UE). Et les jeunes sont en première ligne : 64,5 % d’entre eux occupent un contrat temporaire (43,3 % dans l’UE), soit 10 points de plus qu’il y a dix ans. En outre, le tourisme reste un moteur incertain : si l’Afrique du Nord redevient une destination à la mode, l’Europe du Sud pourrait en pâtir.

  • revers de la médaille: 奖章的反面。指事情的另一方面
  • des emplois peu qualifiés et précaires: 不需要资质并且不稳定的工作岗位
  • CDD短期工作合同
  • en pâtir: 下滑

Les industries traditionnelles, en pleine renaissance, offrent en revanche des emplois de meilleure qualité. Il y a vingt ans, le textile portugais, qui produisait à bas coût pour les marques européennes, a pris de plein fouet la concurrence de la Chine, entrée dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001. « Nos PME ont perdu beaucoup d’emplois, mais elles se sont progressivement redressées en montant en gamme : elles embauchent de nouveau et exportent désormais vers l’Asie », raconte Paulo Vaz, directeur de l’Association du textile portugais (ATP).

  • prendre de plein fouet: 遭受打击
  • monter en gamme: 升级,提升档次

Le liège a lui aussi fait sa révolution. « Nous avons investi plus de 700 millions d’euros sur quinze ans dans l’innovation pour conquérir des marchés autres que les bouchons de bouteille : aérospatial, industrie, mode et cosmétiques », détaille João Rui Ferreira, à la tête de l’Association portugaise du liège (Apcor). Le secteur exporte aujourd’hui 95 % de sa production dans 130 pays, contribuant au rebond des exportations portugaises. Entre 2007 et 2018, le poids de celles-ci dans le PIB est passé de 31 % à 43,5 %, selon la Banque mondiale.

  • liège: 软木塞

Mais, là aussi, les sujets d’inquiétude ne manquent pas. « Pour la première fois depuis dix ans, l’industrie textile pourrait voir ses ventes reculer en 2019 : les incertitudes internationales nous affectent », confie M. Vaz. Malgré le retour en grâce des exportations portugaises, le pays reste, en outre, bien moins ouvert que les économies européennes de taille équivalente, comme la République tchèque, où les exportations pèsent 78,4 % du PIB, et la Hongrie (86,5 %). « L’économie lusophone reste très dépendante de son marché intérieur », résume Nadia Gharbi, économiste au cabinet Pictet WM.

l’investissement public chute

Or ce dernier est peu productif. Et affecté par un lourd endettement : 121,5 % du PIB pour le secteur public, 156 % pour les entreprises et les ménages. Certes, la zone euro devrait bénéficier de taux bas pendant longtemps encore. Mais au risque de maintenir artificiellement en vie des entreprises moribondes (les « zombies »), pesant sur la croissance future. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), près de 15 % des PME portugaises sont concernées.

  • des enterprises moribondes: 垂死的企业

Au reste, les efforts du gouvernement Costa pour réduire la dette se sont faits au détriment de l’investissement public. Celui-ci a chuté de 5,2 % à 1,97 % du PIB entre 2010 et 2018, (contre 2,9 % dans l’UE), selon Eurostat. Les infrastructures en pâtissent. « La qualité des soins dans nos hôpitaux se dégrade, comme celle des chemins de fer : c’est de l’austérité cachée », dénonce Leonora Duarte, une Lisboète qui milite pour de meilleures conditions de vie à Lisbonne.

Plus préoccupant encore : le programme « Regressar », qui a reçu quelques centaines de candidatures durant l’été, selon le gouvernement, sera loin de suffire à enrayer le déclin démographique dont souffre le pays. Le nombre d’habitants a fondu de 10,7 millions à 10,3 millions entre 2009 et 2018, et il devrait passer sous la barre des 9 millions en 2050, selon l’OCDE.

Pénalisée par le vieillissement accéléré et la productivité limitée, la croissance potentielle reste faible – autour de 0,8 %, d’après Bruxelles. « Cela complique la convergence du niveau de vie vers celui des voisins européens », souligne Ricardo Reis. En 2007, la richesse par habitant du Portugal équivalait à 81 % de la moyenne européenne. Elle est désormais de 76 %, selon Eurostat, alors que, sur la même période, celle de la République tchèque est passée de 84 % à 90 %, et celui de la Slovénie, de 67 % à 78 %.

« L’autre grande question est de savoir si les changements structurels encourageants observés depuis cinq ans seront allés assez loin lorsque la prochaine crise frappera », observe Ricardo Sousa, économiste à l’université du Minho, dans le nord du pays. Lui en doute. Tout comme Dina Ferreira. En attendant, elle préfère rester à Londres…

PLEIN CADRE

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